La cloche de Péronne

S’il est bien un objet qui a joué un rôle déterminant dans notre civilisation, on 
citera sans risque d’erreur la cloche. Implantée dans chaque village dans chaque 
agglomération, elle constitue un patrimoine important, relativement délaissé, alors qu’il 
contribue à établir des repères culturels et musicaux par1aitement stables dans l’époque 
d’aujourd’hui marquée par le sceau du changement.

L’église fut l’un des principaux artisans du développement de l’art campanaire, 
dont l’usage remonterait au Vllème siècle. Utilisée également comme tocsin. la pratique 
de l’Angélus viendra favoriser son implantation.

C’est au concile de Clermont, tenu en 1095, en vue de la première Croisade, que 
vint au jour l’idée de la sonnerie de « l’Angélus ».

Le Pape Urbain  » l’y institua en en promulguant l’usage chaque jour à l’approche 
de la nuit. Puis, au début du Xlllème siècle, on verra Saint François d’Assise, dans sa 
lettre aux autorités: Podestats, Consuls, Magistrats et Recteurs, insister sur la 
recommandation de « donner un signal », chaque soir par l’entremise d’un héraut ou 
d’une autre façon pour rappeler au peuple la nécessité de louer Dieu. On verra aussi 
Saint Bonaventure, au chapitre des Frères Mineurs, en 1269, se faire l’apôtre remarqué 
de la sonnerie de l’Angélus.

La pratique de la sonnerie de l’Angélus s’accentuera avec le Pape Jean XXII, qui 
rédigera, en 1316, la prière de l’Angelus.

Mais c’est surtout à partir de 1453, quand le Pape Calixte III, effrayé devant le 
succès des armées turques et voyant le sultan Mahomet Il enlever Constantinople à 
l’Empereur Constantin Draconèse, recommanda d’une manière spéciale la récitation de 
l’Angélus, que la pieuse coutume des trois fois trois coups de cloche, en l’honneur des 
Trois Personnes divines, entra dans les moeurs. Peu après, en France, en 1472. Louis 
XI consacra la douzième heure du jour à la Vierge, ce qui donna lieu à la sonnerie de 
midi.

C’est le même roi, croit-on, qui introduisit l’usage de sonner trois fois par jour (matin, midi et soir) pour avertir les fidèles de réciter l’Angélus.          Notons, en passant, que 
le Concile de Cologne, en 1243, nous révèle que, dans ce pays, on avait, des lors, 
l’habitude de faire entendre les cloches soir et matin en mémoire de la Sainte Vierge.

Source : ACIRENE Traitement Culturel et Esthétique de l’Environnement Sonore
10 grande rue 71100 Chalon sur Saône

PÉRONNAISES, PÉRONNAIS
Vous ne m’avez jamais lue, 
rares sont ceux qui m’ont vue, pourtant tous vous m’avez entendue. Je porte un vieux prénom: Marie Suzanne.

Je suis très âgée, pensez, je suis née le 16 novembre 1810. J’ai eu pour parrain, François Louis de Lamartine et pour marraine Marie Suzanne de Lamartine. Ma vie est très mouvementée, hors du commun, un véritable feuilleton historique qui accompagne au quotidien mes concitoyens pour le meilleur et pour le pire.

En 1847, je donne entière satisfaction par la régularité de mon travail, mais on me trouve trop chétive. Un drôle de spécialiste de Mâcon, M. Baudouin, pour me donner puissance et poids, me fait tondre (pas nutritionniste pour un sou !). Cette nouvelle naissance, à mon retour à Péronne me donne un nouveau parrain, M. Loustaunau, alors maire de la commune et poDessin clocheur marraine, son épouse.

Je reprends mon activité de plus belle, avec d’autant plus d’énergie que ma cure, mes soins, enfin ma renaissance, est payée par un impôt extraordinaire des 32 plus importants contribuables de la commune.

Cette même année, pour améliorer mes conditions de travail, diront les syndicalistes, améliorer mon habitat, diront les chasseurs, améliorer mon environnement, diront les écologistes… on augmente mon volume habitable.

En 1872, on recommence tout. Je suis trop maigrichonne, un spécialiste de Lyon cette fois, M. Burdin, me fait fondre et résultat, je retrouve Péronne mais je pèse 950 kilos. (Drôle de régime !)

En 1876, rebelote, pour répondre à ma surcharge pondérale, diront les ergonomistes, pour avoir plus de lumière et d’aération diront les hygiénistes, on augmente le volume de mon habitat, et on me donne de la hauteur pour mieux gérer le temps et l’espace, diront les pédagogues. Et puis, comme les personnes
âgées, on s’habitue au temps qui
passe, à la solitude, on attend de
rares visites, on continue son travail mécaniquement, régulièrement, au
bon moment, on donne un rythme
au temps.

Cinq ans avant le front populaire et les congés payés, en 1931, ma couverture est refaite entièrement, puis l’artisan du bourg, après chaque orage ou tempête est venu remailler celle-ci. Depuis quelques années, un ami, un vrai spécialiste, un homme qui prend le temps, enfin un Suisse, me rend régulièrement visite. Il me chouchoute, me soigne, m’écoute, me bichonne, enfin j’apprécie de nouveau le temps qui passe.

Depuis quelques semaines des hommes plus jeunes que moi, pas de première jeunesse non plus, enfin bref, pas des perdreaux de l’année, s’occupent de moi à nouveau. Ils observent, évaluent, photographient, discutent, établissent des priorités … je sens que quelque chose se mijote, que mes aventures vont reprendre.

Péronnaises, Péronnais, de mon point haut, je vais vous informer sur mon cadre de vie qui sera bientôt relooké.

Vous m’avez reconnue, bien entendu.
Je suis Marie Suzanne, la cloche de Péronne.
J’habite au sommet du clocher de l’église !
A bientôt
Raphaël Cointet
La Feuillette de Péronne – N°40 – octobre 2008