Péronne 1986

 

PÉRONNE HISTOIRES, TRADITIONS 
ET LÉGENDES

D’UN VILLAGE MÂCONNAIS

PIERRE DUMOULIN 
 1986

RONNE AUJOURD’HUI

Le pays mâconnais est, pour les voyageurs venant des régions 
embrumées du Nord, le premier pays méridional. Largement ouvert aux chaudes effluves de la méditerranée et à 
la civilisation latine, c’est aux montagnes de Tournus que 
viennent mourir les derniers vents tièdes qui montent de la 
vallée du Rhône. « Il y a moins de différence entre Tournus et Avignon qu’il 
n’en existe entre Tournus et Châlon ». (Chevalier BARD). C’est au centre du PAYS MÂCONNAIS, sur une petite colline, 
qu’est situé Péronne. Le bourg s’étage sur le flanc sud-ouest 
de la montagne de Burgy et son point culminant se situe aux 
environs de 440 mètres. La principale activité est la vigne dont les 140 hectares 
produisent un vin blanc sec appellation « Mâcon Péronne » qui 
est un vrai délice surtout lorsqu’il est dégusté avec un 
fromage de chèvre bien sec. La plus grande partie de la récolte est vinifiée à la cave 
coopérative de Saint-Gengoux-de-Scissé, tandis qu’une vingtaine 
de vignerons font eux-mêmes leur vin selon les anciennes traditions et qu’ils ont plaisir à faire déguster aux amateurs de 
bons crus « ce vin, or vert du pays ». Trois cents hectares de forêts et de bois taillis aux promenades 
très agréables protègent au nord les ensembles cultivables de 
la commune. L’activité industrielle et artisanale est représentée par une 
importante affaire de bois et menuiserie ainsi que par une 
plâtrerie-peinture, une ferronnerie, une poterie et une importante 
boulangerie. Le Foyer culturel permet aux différentes associations une très 
belle expansion et fournit ce lien nécessaire à toutes les 
générations. Péronne se trouve au carrefour des routes des vins du haut Mâconnais qui conduisent à Azé d’une part, à Viré d’autre part, 
ou encore à Lugny par Burgy où l’on profitera, par la route du 
Belvédère, de la vue panoramique sur le Val-de-Saône, le jura et les Alpes.

D’autres attraits séduiront les touristes.

L’Église, de style roman, au clocher carré, forme avec ses 
abords un site classé. Sur son flanc sud, on remarque une 
sculpture romane inscrite à l’inventaire des monuments historiques ainsi qu’un coq gaulois sculpté sur une « pierre sauvage » et sans 
doute originaire des Druides. Sur le côté Est de l’Église, la demeure-château des moines de Cluny. Le château de Vaux-sous-Targe, très belle demeure remaniée au 
XIXe siècle sur les fondations probablement mérovingiennes, avec 
douves apparentes, au milieu d’un site vert. C’est dans ce château 
que GONTRAN, Roi de Bourgogne, petit-fils de CLOVIS rendit la 
célèbre ordonnance règlementant l’observation des dimanches et 
fêtes qui étaient alors quelque peu négligés. Le Manoir de la TOUR-PENET, qui domine le village de ses deux 
tours carrées et qui a appartenu à la famille Lamartine et où le poète aimait à séjourner à l’époque de la chasse. Un ancien pavillon de chasse ayant appartenu également à la 
famille de Lamartine, au hameau du Carruge, actuellement 
colonie de vacances dé l’Union des Syndicats du Cher. De très belles maisons de vignerons dont les toits plats 
à tuiles creuses et les galeries, élevées au-dessus de la 
cave voûtée, supportée par des piliers de bois, donnent à la maison mâconnaise son caractère et sa beauté et font penser 
au mas de Provence. Péronne mérite d’être considéré comme un lieu de 
tourisme apprécié par sa situation dans le calme et l’air pur 
et, justifie la légende selon laquelle lorsque la peste 
décimait les villages de la plaine de Saône, c’est à Péronne 
que se réfugiaient les familles, car, parait-il, l’air y est 
si pur que les maladies ne pouvaient l’atteindre.

HISTOIRE

EPOQUE PREHISTORIQUE *

À l’époque tertiaire, il y a plus de 20.000 ans, notre région 
était submergée par les eaux du « Lac Bressan », formé par le 
barrage glaciaire des Dombes qui refoula longtemps la Saône et 
l’Ain. Le niveau des eaux atteignait la cote 
de 270 mètres. Seules les parties hautes 
de Péronne étaient émergées, formant une 
presqu’île ou un cap, alors que les 
parties basses étaient sous les eaux 
ainsi que Charbonnières, Laizé, Saint-Maurice, Senozan etc. À une époque plus récente, des hommes 
préhistoriques contemporains de ceux de 
Solutré, il y a 15.000 ans environ, 
vécurent certainement sur le territoire 
de Péronne ainsi qu’en font foi les silex 
taillés retrouvés par les vignerons. Il est probable même que l’on puisse 
retrouver les traces d’ateliers de taille de silex en Chassigny et Bérizy, car la qualité de la pierre y était telle que les hommes de Solutré 
venaient s’y approvisionner pour les armes et les outils.

ÉPOQUE CELTIQUE

Nos ancêtres Celtes consacraient leurs cultes aux sources, aux 
pierres et aux arbres. L’Église romaine, ne parvenant à détourner 
le peuple de ses croyances païennes, s’est ingéniée, après avoir 
tenté de détruire les mégalithes eux-mêmes, à récupérer les objets 
de cul te de l’ancienne Gaule pour les insérer dans les murs de 
églises construites.

* d’après Émile VIOLET « CLESSE ET TRADITIONS ».

Cette particularité qui existe à Ougy, Brancion et à la Chapelle- sous Brancion se retrouve à Péronne au-dessus de la porte latérale 
sur la façade Sud où un magnifique Coq Gaulois rappelle les génies 
de l’ancienne Gaule. Ces blocs de « pierre sauvage » (granit) ont 
quelquefois été l’objet de frottements qui ont laissé des traces 
d’incisions longitudinales bien marquées et qui ont été faites sans doute intentionnellement par des pèlerins.

ÉPOQUE GALLO-ROMAINE

 Les plus anciens documents écrits sur le Mâconnais et Péronne en 
particulier sont les cartulaires de Saint-Vincent et de Cluny. Ce sont les énumérations des chartes (titres de propriété) de ces 
abbayes. Le cartulaire de Saint-Vincent ou « Livre enchaîné » (enchaîné jadis au trésor de la cathédrale) a eu son original brûlé pendant 
les guerres de religion, mais une copie authentique en a été 
découverte par Ragut. Le cartulaire de Cluny contient plus de 6.000 chartes, dont 1.000 originales, et le reste d’après des copies. Péronne est cité bien antérieurement à nos villages voisins ; il est 
cité en l’an 585 alors que Clessé ne l’est qu’en 936. Notre sous-sol est riche en souvenir de cette époque (fragments de 
tuiles à rebord très épais ainsi que des traces de constructions 
brûlées, de cendres, des terres noirâtres de sépultures en pierre 
brute). Si quelques-unes de ces découvertes ont été officiellement 
annoncées et étudiées, la plupart reposent en paix après que le 
vigneron qui les a vues lors d’un minage profond les ait recouvertes 
par décence autant que pour sa vigne ne sois pas saccagée par les 
journalistes et les curieux. Dans l’ouvrage de Gabtiel JEANTON « Les Antiquités Gallo-Romaines 
du Mâconnais » trois découvertes sont signalées

        Péronne : Page 77 : « A environ 30 mètres de l’église (au nord), on vient de 
mettre au jour la sépulture d’un adolescent dont le corps était 
couché entre deux pierres brutes de Om80, en grès vert du pays; 
ces deux pierres étaient placées à la hauteur des épaules. 
L’orientation de cette sépulture était nettement N.-S., les pieds 
dans la direction du Sud. D’autres sépultures paraissent exister 
alentour.

         Chassigny : Ce nom porté par une section de la commune de Péronne, 
situé au sud de la grande forêt qui recouvre la partie nord du 
territoire est d’origine romaine. On le trouve, avant l’an mille mentionné sous le nom de « Carsiniacus », comme le siège d’une villa, dans le cartulaire de Cluny (985 et 956-990). Cette localité était 
sur la voie romaine d’Autun à Mâcon.

         Martoret (le grand et le petit) : Ces noms s’appliquent à une partie 
de Péronne, au-dessus du cimetière, sis à l’est, et près de la voie 
romaine d’Autun à Mâcon, un peu au nord de l’ancien pont de l’Aiguille 
où se trouvait un hospice qui a laissé son nom au lieu dit.

         La Maladière. Ce nom de Martoret semble indiquer la présence de 
sépultures antiques bien que le Maire de Péronne m’ait déclaré n’en 
avoir jamais entendu parler. Des recherches nouvelles pourraient 
utilement être faites de ce côté, d’autant plus qu’à une faible distance 
de ce point, un peu plus au sud sur le territoire de Clessé, et du même côté de la voie on a trouvé des crânes et des ossements au lieu dit « Les Teppes Malmont ». Les traces et le souvenir de tant de sépultures dans un espace restreint allant du Pont Olim à Chassigny (le Martoret, le Paradis sur Saint-Maurice, les teppes Malmont sur 
Clessé, le Martoret sur Péronne) ne seraient-ils pas l’ultime vestige 
des attaques et des agressions qui se seraient produites à cet 
endroit boisé et isolé de la voie d’Autun à Mâcon ? Une autre découverte intéressante aurait été faite à Saint-Pierre-de-Lanque. Il s’agissait du couvercle en pierre d’une tombe d’un grand Chef Gaulois. Ce couvercle très finement sculpté a été racheté par un habitant 
d’Igé, le Docteur Ernest HUANT, qui l’a posé en décoration contre 
le mur de sa maison « LA TUZAUDIERE ».

ÉPOQUE BURGONDE ET FRANQUE

Les BURGONDES ont été reçus comme des hôtes 
en Bourgogne au cinquième siècle, lors de 
leur quatrième incursion en Occident. Respectant les habitants des villages et 
leurs coutumes, ils s’installaient souvent à flanc de coteaux autour des villages et 
n’appliquèrent leurs lois qu’à eux-mêmes, 
permettant ainsi à la loi romaine de régner 
jusqu’au septième siècle. Leur royaume 
s’effondra en 534 après la chute de leur 
capitale, AUTUN, devant les guerriers francs. Les Francs qui faisaient des incursions en Gaule depuis l’an 240 
s’installèrent sur notre territoire au cinquième siècle. Leur roi 
CLOVIS (4Bl-511) se fit baptiser avec quelques milliers de guerriers. 
Son petit-fils, GONTRAN (fils de CLOTAIRE) Roi de Bourgognedont la 
capitale était Chalon-sur-Saône, s’installa à Péronne qui fut le 
siège d’une importante activité politico-religieuse. Il y promulgua 
sa décision concernant l’interdiction de travailler les dimanches et jours de fête.

NOS VIEUX CHEMINS

Nos vieux chemins, la plupart déclassés, avaient aussi leurs 
traditions et leur histoire. Beaucoup sont oubliés et il n’en reste 
souvent qu’un nom évocateur de légendes difficiles à percer.

LE CHEMIN DES ROMAINS

La voie d’Autun à Mâcon porte le nom de Chemin des Romains lors de 
son passage à Clessé, Péronne, Saint-Gengoux. Autrefois, cette voie 
était connue sous le nom de Chemin de BRUNEHAUT (via BRUNECHILDIS). 
Brunehaut, après la catastrophe des invasions germaniques, qui 
anéantit le monde antique d’Occident, fut la première à restaurer les 
anciennes routes romaines, et son nom resta longtemps attaché à ces bienfaisants travaux. Le Chemin des Romains traverse le ruisseau de la Planche, alias du 
Moulin Cheuvreau, au lieu-dit les Maladières, près du bois communal 
de Saint-Pierre, dit le bois Saint-Martin. La voie romaine porte le 
nom de Chemin des Romains jusqu’au bief ci-dessus, ensuite le nom 
de Chemin des Toupies, puis celui des grandes plantes. Ce Chemin des Romains serait encore très visible au lieu-dit « Les Justices » où ses pavés sont intacts; partout ailleurs il faut 
creuser le terrain pour le retrouver. C’était une voie secondaire 
 »compendium ». Sa largeur était de 5,5m; l’épaisseur de ses matériaux, blocs, couches pilonnées, pavés était de plus d’un mètre, bordé de dalles plantées debout.

LES CHEMINS FAITRAUX

Les chemins des faits qui longent les crêtes de nos montagnes et 
en épousent exactement toutes les sinuosités, de façon à en éviter 
autant que possible les montées et les descentes sont appelées en 
Mâconnais les chemins faiteaux. Les Anciens prétendent qu’ils se déplaçaient aussi rapidement par 
ces chemins que le font actuellement les jeunes à bicyclette par les 
routes tracées par les Ponts et Chaussées.

ORIGINE DU NOM PERONNE

L’origine du nom PERONNE n’est pas évidente, les érudits ne sont 
pas d’accord. Les uns le font venir des mots celtiques:

PERRHAON: Place très forte (ce qui pourrait être rapproché de la 
légende du sommet de la montagne les As, qui relie Péronne, Viré et Burgy et qui aurait été une des plus 
puissantes places fortes gauloises .

PERRONN: Endroit marécageux, justifié peut être par le fait que 
tout le .bas de Péronne était très humide.D’autres, le font venir du latin: PERO, PERRONIS : guetré ou botté. PERONOEI : guetré ou botté. Parce que les premiers habitants étaient obligés de 
porter ce type de chaussures pour traverser les marais. PER RANAS : au milieu des grenouilles. Ces animaux étant très nombreux autrefois. Il serait intéressant, pour vérifier la première
hypothèse, de rechercher les traces de la place forte. Cet endroit, en friches et en taillis serrés, laisse 
entrevoir en effet des profils qui pourraient être 
ceux d’anciennes murailles et constructions.

L’ÉGLISE DE PÉRONNE

Il a existé deux églises à Péronne, celle de Saint-Pierre de Lanque et celle du bourg connue sous le vocable de Sainte-Marie-Madeleine. L’église de Saint-Pierre-de-Lanque a été détruite un peu avant l’an 
1000. Une révolution antireligieuse au cours de laquelle les paysans 
incendièrent cinq églises, celles de Saint-Romain, de Bissy-la-Mâconnaise, de Blanot, de Saint-Pierre-de-Lanque et de Saint-Gengoux de 
Scissé. Elle a dû être reconstruite par la suite puisque les habitants ont 
demandé, en 1718, un curé en titre, ce qui ne put leur être accordé (La Révolution dans l’ancien diocèse de Mâcon par Monseigneur Raineau). Il en reste quelques vestiges, dont le petit bâtiment (poulailler) 
situé au-dessus du jardin d’Edgar Chevenet. On dit que lorsqu’il 
piochait trop profond le jardin, il y retrouvait les ossements des 
morts, enterrés autour de l’église. Un petit bénitier, enserré dans le mur, existerait encore ou bien aurait été récupéré avec d’autres pierres pour la construction de la ferme Pacaud à Champagne. Au carrefour proche, à quelques mètres de ce bâtiment, était autrefois 
une belle croix de pierre qui aurait été détruite il y a quelques 
dizaines d’années lors de la réfection de la route. L’église actuelle de Péronne, Sainte-Marie-Madeleine, aurait été 
construite entre 1080 et 1120 (les églises romanes de Jean Virey), 
mais elle devait exister auparavant puisque, en 938, par un synode 
tenu à Châlon.

Excommunication.

Au XIIème siècle, quelques moines de l’abbaye de Cluny desservaient la paroisse de Péronne devenue   « doyenné » de la grande abbaye. Et c’est ainsi que cette petite paroisse a pu se retrouver « excommuniée et anathème » ! Cluny, dès sa fondation (909-910) est une abbaye indépendante directement rattachée à la papauté. 200 ans plus tard le « réseau clunisien », c’est plus de 1000 établissements, répartis dans toute l’Europe. Du coup, être abbé de Cluny, c’est partager avec le Pape, évêque de Rome, quelques abbés comme celui de Cîteaux, quelques évêques et   l’Empereur Romain-Germanique   « la gestion » de la Chrétienté d’occident, immense espace culturel, religieux et politique, confronté à deux autres espaces culturels et religieux : l’Empire Romain d’Orient , orthodoxe, et l’Islam. Au sein de la Chrétienté d’Occident, deux « pouvoirs », celui de l’Empereur et celui du Pape, prétendent à la suprématie, avec la question de l’investiture des évêques par le Pape ou par l’Empereur, comme point de cristallisation de cette rivalité. De 1109 à 1122, l’abbatiat de Cluny est confié à Pons de Melgueil. Sa position sur la question des investitures est contestée au sein même du réseau clunisien. N’arrivant pas à rétablir la concorde, il   démissionne. C’est Pierre de Montboissier (Pierre le Vénérable) qui devient abbé en 1122, pour autant les conflits au sein du « réseau clunisien » ne s’éteignent pas. Et en 1125, l’opposition à Pierre le Vénérable s’organise. Elle propose à Pons d’en être le chef. Profitant de l’absence de Pierre le Vénérable, Pons et ses partisans, moines et laïcs,   tiennent le monastère de Cluny, en expulsent les moines fidèles à Pierre le Vénérable, et consomment le schisme. Avec Pierre le Vénérable, le pape Honorius II, organise la riposte : en 1126, son Légat gagne la « Francie » et réunit un Concile à Lyon où anathème et excommunication sont fulminés contre les moines et les bourgeois qui ont soutenu Pons. L’interdit est porté sur les églises du bourg ou de ses dépendances, sur le prieuré de Souvigny et les doyennés de Mazille, Laizé et Péronne : interdit d’y sonner les cloches, de célébrer les offices divins ou de réunir une assemblée jusqu’à ce que Pons cesse ces attaques. Seuls le baptême des enfants et le sacrement des mourants voulant se repentir, sont autorisés. Et voilà comment une petite paroisse, dans laquelle sans doute bien peu d’habitants mesuraient l’enjeu des conflits entre le Pape et l’Empereur, se vit privée de cloches et de messe.

Voici le texte de cette condamnation : « Petronna ecclesia, comni tempore permanente excommunicate, sicut 
aspotolica auctoritate privem sanctitum est, et olim apud cabilonem 
synodali decretum decem et VIII episcopurum ».

Cette excommunication ne touchait pas seulement le desservant de 938, mais l’ensemble des fidèles et sans perspectives de changement puisqu’ elle était dite, non provisoire, mais à vie (Marguerite Maurice, la 
riche histoire de Saint-Gengoux-de-Scissé).

Architecture

L’église de Péronne présente dans son plan les dispositions suivantes,
un petit porche ouvert, une nef unique, une travée sous le clocher et 
une abside en hémicycle. La nef est plafonnée; elle est éclairée actuellement de chaque côté par 
deux grandes fenêtres modernes en plein cintre; on voit fort bien encore 
à l’extérieur la trace des anciennes fenêtres. On passe de la nef dans 
la travée au-dessus de laquelle s’élève le clocher sous une grande 
arcade doublée en cintre brisée : deux colonnes engagées supportent la retombée intérieure. Le dessous du clocher est voûté en coupole sur trompes en cul-de-four; de grands arcs en cintre brisé sont appliqués latéralement contre le mur, et soutiennent la coupole. On voit aussi 
sur les murs, derrière une couche uniforme de badigeon la trace des 
fenêtres qui éclairaient cette travée. On passe dans l’abside semi-circulaire qui 
forme le choeur sous une grande arcade doublée en plein cintre; c’est l’arc triomphal, dont les retombées intérieures sont des colonnes engagées. L’abside est 
éclairée par trois fenêtres en plein cintre d’une maigre ouverture au vitrage, mais à large et profond ébrasement réservé 
entièrement à l’intérieur. Elles ouvrent 
intérieurement dans une arcature de sept formes en plein cintre, dont les impostes 
reposent sur des colonnes ou sur des pilastres. 
Il y a cinq colonnettes et trois pilastres; les pilastres présentent des cannelures; les 
chapiteaux et les tailloirs sont assez 
sobrement sculptés. Les moulures des bases des colonnettes, composées de deux tores de 
peu de relief et d’une gorge très peu creusée 
dans l’intervalle des deux tores, ont assez l’allure de certaines bases du XIe siècle; nous ne croyons pas toutefois pouvoir assigner à cette décoration une date antérieure à l’extrême fin du XIe siècle. Tous les exemples de ce système d’arcatures plaquées au fond du 
choeur, que nous avons jusqu’ici rencontrés, et ils sont nombreux (Donzy-le-Royal, Avenas, Saint-Nicolas-de-Beaujeu, Saint-Laurent-en-Brionnais, Châteauneuf, etc.), appartiennent à des monuments qui 
ne sont pas antérieurs au XIIe siècle. Si nous passons à l’extérieur, nous verrons d’abord qu’on a fait 
récemment, sans parler de réparations sans importance, un étage 
complètement neuf au clocher, l’étage supérieur. La façade est très nue; sous le toit du petit porche ouvert qui y est appliqué, on voit la porte principale dont l’encadrement en plein 
cintre date de la fin du XVe siècle ou du XVIe; les bases qui cantonnent les pieds-droits à la retombée des moulures, et les moulures 
elles-mêmes ne laissent aucun doute à cet égard. Sur l’élévation latérale, on voit des contreforts plats qui divisent 
à l’extérieur la nef en cinq travées; ce sont plutôt des bandes 
appliquées comme à l’église de Cotte que des contreforts qui n’ont 
pas d’ailleurs d’utilité ici puisque la nef n’a jamais été voutée; 
on voit encore dans la maçonnerie la forme de quelques anciennes 
fenêtres. La corniche du toit est soutenue par des modillons fort 
simples. Sur le mur latéral, au midi, s’ouvre une porte remaniée dont l’archi- 
volte moulurée est en plein cintrée; les sommiers de cette archivolte 
reposaient autrefois sur des tailloirs de colonnettes. Mais les 
colonnettes ont été détruites et les chapiteaux sont tellement mutilés 
qu’on n’y peut plus rien distinguer. Le linteau de la première porte 
qui parait être un remploi est orné d’une sculpture assez grossière 
d’inspiration orientale: ce sont deux animaux affrontés – des lions? 
Séparés par un arbre, l’ancien home ou arbre sacré de la Perse. C’est 
sans doute un travail de la fin du Xe ou du XIe siècle. Le linteau de la seconde porte est une « pierre sauvage » représentant 
le coq gaulois sans doute objet de culte celtique. Toute une série de cérémonies se faisait avant le commencement de 
l’année antique et semblent avoir été communes aux Grecs, aux Latins 
et à tous les peuples d’origine indo-européenne, par conséquent aux 
Celtes nos ancêtres.L’une des particularités les plus typiques de toutes ces fêtes était le déguisement des hommes en animaux. Ces déguisements avaient primitivement un caractère rituel2. On a signalé, déjà à l’époque préhistorique notamment dans la Grotte des Trois-Frères à Montesquieu-Avantès (Aveyron) et à Lourdes, des gravures peintes représentant des hommes 
primitifs accoutrés en animaux et principalement en cerfsEn Grèce les fêtes lycéennes, à Rome les Lupercales comportaient des déguisements en animaux, en loup, en bouc, en chèvre; en Gaule, aux mêmes époques, le travestissement se faisait en cerf, en vache, en 
bouc, en mouton, en lièvre et en chien. D’après Saintyves4, c’est au moyen âge que l’Église, qui ne pouvait extirper ces fêtes païennes laïcisées, fit dévier le sens primitif du 
déguisement zoomorphique en le remplaçant par un travestissement en diable. Le clocher carré est très massif et occupe toute la largeur de la travée; il est assez élevé, mais un étage nouveau y a remplacé l’étage 
supérieur ancien; des trois étages qui constituent actuellement le 
clocher, un seul, le supérieur est percé de fenêtres. L’étage intermédiaire présente un mur plein. L’étage inférieur présente sur chaque face trois grandes arcatures doublées, en plein cintre. Deux contreforts 
soutiennent le clocher de chaque côté, au nord et au midi. L’abside a deux contreforts; elle est éclairée par trois fenêtres, d’environ 0m20 de largeur au vitrage qui affleure presque à l’extérieur sans ébrasement.

1 – Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités, verbo Lupercalia. Unger, Die Lupercalien.

2 – Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités, verbo Lupercalia.

3 – Académie des Inscriptions et Belles-lettres. Comptes rendus 1920, p. 305.

4 – Saint Yves, Les Rondes et les quêtes du Carnaval. Revue des traditions populaires, tome XXXIII (1919) p. 80.

Les curés de Péronne

Étienne MOIROUX, de Mâcon, né en 1754, était curé de Péronne en 1784. Le 27 juillet 1789 fut assailli dans sa cure (voir chapitre « La Révolution »). En 1791, le curé Moiroux prêta serment. Dispensé de service 
militaire par un congé du mois de juin 1794, l’Abbé Moiroux se retira à Mâcon. Le bien de la cure et le presbytère furent vendus pour 6.880 francs en 1796, à Pierre TESTE, de Péronne, et Emilian TESTE acheta l’église pour 900 francs le 30 mai 1799. Deux curés se succédèrent rapidement à Péronne, de 1804 à 1807 c’étaient l’Abbé MAISONNEUVE, qui devint curé de CERON, et l’Abbé Charles OURlET, né en 1736, nommé le 14 août 1805, reconnu par le Préfet le 14 décembre suivant. Le curé OURlET a établi les registres paroissiaux de 1803 à 1850 en y incluant les baptêmes effectués clandestinement pendant les années précédentes. Claude Michel, curé de Clessé, nommé curé de Péronne le 1er octobre 1807, mourut dans cette paroisse en 1825.

SEIGNEURS ET CHÂTEAUX

Le premier seigneur mentionné à Péronne est le Roi de Bourgogne, 
GONTRAN, Petit-Fils de CLOVIS. Il promulgua, dans son château de 
Vaux-sous-Targe, la loi interdisant de travailler le dimanche et jour férié. Le second seigneur mentionné à Péronne est Jean de Mincé, écuyer, qui prêtait serment à Louis XI, en 147B. En 1525, on le voit remettre à l’abbaye de Tournus le tiers du droit de bichenage du gros blé qui se vendait en cette ville avec le droit des ventes 
pour 200 livres1. Philibert de Mincé, écuyer, seigneur de Vaux-sous-Targe et Péronne, 
donnait, en 1560, l’aveu de 60 livres de rentes nobles. En 1585, 
une sentence du Bailliage le condamnait à payer 96 écus « restant de 100 écus constitués, en dot, par ledit sieur à Isaac donné (bâtard) de Mincé2. Sa femme, Philiberte de Tenay, dame de 
Besanceuil, apporta cette terre aux de Mincé, testa le 23 septembre 
1586, au château de Vaux-sous-Targe et légua Besanceuil à Aimée du 
Molard, fille de son premier mari qu’épousa Jean de MincéJean de Mincé, seigneur de Péronne, Besanceuil et Angoin, obtint, 
vers 1606, des lettres à rénovation de terrier et eut séance aux 
États du Mâconnais, en 1614. Il avait un frère, Louis, seigneur de Grenot, qui, s’étant approprié, en 1602, le tiers des dîmes de la 
paroisse de Burzy, se vit condamné à les restituer aux chapelains de 
la chapelle fondée en l’église Sainte-Catherine du temple de 
Montbellet4. Philibert de Mincé, son fils, seigneur des mêmes lieux, s’unit à Elénore de Marcilly, fille de Pierre de Marcilly, écuyer, seigneur de Cressy et du Côté5. Devenue veuve, cette dernière épousa en 1632, François de Mincé6, seigneur de la Tour de Byonne, 
puis, en 1641, Jacques de la Fage7, écuyer, seigneur de Clermont en Albigeois, aide de camp des armées du Roi, qui eut séance aux 
États du pays en 1673 et 1676. En 1675, il épousait, en secondes 
noces, Marie de la Glace. Eléonore de Marcilly resta à Mâcon, le 7 janvier 1652, élisant sa sépulture en l’église de Péronne, nommant 
héritier universel Louis de la Farge, fils de Jacques, seigneur de 
Clermont, son mari; ses deux filles, du nom de Philiberte, l’une 
mariée à Jean-Baptiste Prisque, l’autre religieuse professe au couvent de Blye, à Lyon, étaient nommées héritières particulières. Louis de la Fage, écuyer, seigneur de Péronne, Vaux, eut aussi 
Montmeront par sa femme Catherine de Vaurion. De leur union est 
issu le suivant. Victor-Amédée de La Fage, écuyer, seigneur de Vaux-sous-Targe, 
ancien officier de la maison du Roi, reprit le fief, pour Vaux et 
Péronne, le 7 février 1706, fut élu de la noblesse aux États du 
Mâconnais, en 1709 et 1727, hérita de la baronnie de Saint-Huruge-sur-Guye de dame Scholastique d’Anglure de Bourlemond, épouse de 
Louis d’Ornaison, seigneur de Chamarande, par son testament du 10 avril 1717. Mort, en 1743, après avoir testé le 2 septembre. De son mariage (1703)8, avec Claudine Lachard, il eut Philibert-Joseph, chevalier, baron de Saint-Huruge, marié à Jeanne Pagès de Vitrac. Victor-Amédée de La Fage, leur fils et héritier, marquis de 
Saint-Huruge, seigneur de Burzy, Valescot, Malfontaine et Vaux-sous-Targe, s’allia en 1777, malgré les protestations de son aïeul maternel messire Pagès de Vitrac, à Ambroise-Marthe Mercier, fille d’un bourgeois 
de Saint-Gengoux, actrice de passage à Lyon, connue à Paris sous le nom de Laurence. Victor-Amédée suivit d’abord la carrière militaire, voyageât en suite dans diverses parties de l’Europe, dissipant son 
patrimoine, et fut enfermé à Charenton comme fou, sur la demande de sa famille. Mêlé au mouvement révolutionnaire à Paris, c’est un partisan de Camille Desmoulin et de Danton qui est emprisonné, avec eux, au Luxembourg, en 1789. Il est mort en 1810. Partie de Péronne, avec le clocher, était de la justice de l’abbé de 
Cluny; partie était de celle des seigneurs de Vaux-sous-Targe. 
L’abbaye de Cluny possédait aussi à Péronne un petit château qui avait 
été construit au XVIIe siècle (il sert actuellement de presbytère). Le 26 juillet 17B9, sur le soir, une cinquantaine d’individus d’Igé et de Dommanges l’envahirent, brisèrent portes, fenêtres et meubles et enlevèrent 15 pièces de vin des caves. Le lendemain, les pauvres de 
ces deux paroisses recevaient mission d’aller enlever, à leur profit, 
les gerbes du blé des dimes9.

  1. Juénin, Nouvelle histoire de la ville de Tournus, p.198.
  2. Archives de Saône-et-Loire, B.886.
  3. Id., B.1339.
  4. Id., B.946.
  5. Id., B.1346
  6. De Mincé. Armes: D’argent au lion de sable, armé et lampassé de gueules.
  7. De La Fage. Armes: D’azur à un lion contourné d’or, armé et lampassé de gueles
  8. Archives de Saône-et-Loire, E.588
  9. Archives de la ville de Mâcon, BB. 1717

LA RÉVOLUTION

Depuis 1786 la neige abondante et les dures gelées avaient endommagé 
le vignoble et les moissons. La misère régnait dans de très nombreuses 
familles.La prise de la Bastille fut connue à Péronne entre le 16 et le 19 juillet. Certains habitants partirent d’Igé le 21 juillet pour brûler les actes et les titres de propriété conservés dans les 
châteaux. Ces habitants étaient conduits par un brandevinier, Claude 
PIN, qui avait pris pour devise : « Guerre aux châteaux, paix aux 
chaumières ». Le roi, ayant affranchi ses derniers serfs, on fit courir le bruit 
qu’il ne désapprouvait pas la révolte. Armés de bâtons, fourches et piques, ceux d’Igé se virent renforcer 
par des paysans d’Azé, Saint-Gengoux-de-Scissé et de Saint-Maurice- 
de-Sathonnay. Formant alors une troupe de 300 personnes, ils arrivèrent à Bassy où ils bousculèrent, sans trop causer de dégâts, les appartements de deux Bénédictins. Puis ils se rendirent à la Cure pour obtenir les terriers. Claude Pin, prenant le prêtre au collet, ne lui fit 
aucun mal, lui déclarant que « les habitants disaient du bien de lui ». Ils se dirigèrent ensuite vers Lugny et Péronne aux cris de « Vive le 
tiers état ». Là, ils mirent le feu au château de Melchior de Montrevel 
qui fut la première seigneurie incendiée en Mâconnais. Étienne MOlROUX, né en 1754 à Mâcon, était curé de Péronne depuis 
1784. Le 27 juillet 1789, il fut assailli dans sa cure par une troupe 
de 300 paysans auxquels il dut donner à boire et à manger. Ces 
insurgés lui présentèrent un texte manuscrit ainsi libellé « Il est permis à tous les gens de la campagne d’aller dans tous les 
châteaux du Mâconnais demander les terriers (titres de propriété) et en cas qu’on le leur refuse, de pouvoir saccager, bruler et piller, 
aucun mal ne leur sera fait ». Il est évident que ce texte n’était pas de source royale. Parmi ces assaillants était un habitant de Péronne, PERUSSET qui 
menaça de mettre le feu à la maison. Puis cette troupe pilla et 
dévasta le château des moines de Cluny (situé entre la Cure et 
l’église), brisant tout et découvrant les bâtiments. Ils dévastèrent également le château de Lamartine, dont ils jetèrent 
le concierge JANOT dans un puits; il put heureusement en être retiré 
par des voisins venus à son secours. C’est dans cette même habitation 
que fut arrêté en 1793 le Chanoine de Lamartine qui fut déporté à 
Rochefort. Le lendemain, 28 juillet 1789, tandis que le tocsin sonnait dans tous 
les villages de la région pour appeler à l’insurrection, la troupe se dirigea vers Montbellet et Marfontaine, les meubles et les objets d’art de ces demeures pillées et brulées 
ne subirent heureusement pas toujours le même sort et certains 
doivent encore orner les maisons mâconnaises. Ce témoignage du curé 
de 8issy la Mâconnaise, lors du procès des insurgés, est éloquent. 
 »Lors de leur retour, on voyait passer le long de mon jardin plus de 
monde qu’un jour de foire, qui revenait chargé de toutes sortes de 
meubles ». Il semble que les premiers jours, cette troupe fut considérée avec 
indifférence ou même avec plaisir par le reste des habitants des 
villages, aussi bien les vignerons, les paysans, les artisans et commerçants. Seuls étaient visés par les révoltés les seigneurs et 
les prêtres, symbole de l’oppression et l’injustice sociale, le bruit courut que « des bandes armées venaient la nuit couper les 
blés verts ». L’opinion publique changea-t-elle en quelques jours ? (Ce ne serait 
pas trop étonnant, notre pays l’a vécu bien souvent). Toujours est-il 
que des milices de défense, composées de nobles et de membres aisés 
du tiers état, s’organisèrent. Ce fut la chasse aux insurgés, le calme revint. Dans la nuit du 4 août, les nobles abandonnèrent; leurs privilèges 
Le 11 août, la dîme était abolie et le 26. Dans la « DECLARATION DES
DROITS DE l’HOMME ET DU CITOYEN », on pouvait lire :  » Les hommes naissent et demeurent libres égaux en droits ». Le 16 octobre, l’Assemblée constituante condamna les actes des milices du Mâconnais et des tribunaux d’exception, mais cela ne redonna pas la vie à Claude Pin qui avait été pendu et étranglé à Mâcon le 12 septembre. Il n’est pas certain non plus que les condamnés aux galères, marqués 
au fer rouge, les fers aux pieds aient bénéficié d’une amnistie.  Il serait intéressant d’effectuer des recherches à ce sujet, car ils 
étaient nombreux les VIGNERONS de nos villages à avoir participé à 
la naissance de la RÉPUBLIQUE et, c’est bien grâce à eux que nous 
pouvons fêter chaque année le 14 juillet La République, en cette période dangereuse, exigea de ses fonctionnaires 
y compris les prêtres, un serment de fidélité. Le curé MOIROUD prêta donc serment en 1791. Cette même année, les habitants de Péronne des autres communes furent 
émus et indignés d’apprendre que Louis XVI, qui avait promis de 
maintenir la constitution décrétée par l’Assemblée nationale, fuyait 
à l’étranger. La garde nationale fut formée. De nombreux habitants 
de Péronne s’y inscriront immédiatement. Le nom de ces patriotes 
mériterait d’être recherché dans nos archives ainsi que ceux qui 
s’enrôlèrent volontairement dans l’armée pour faire face à la menace des émigrés et des puissances étrangères.

CALAMITES HISTORIQUES *

Bien des fois, aux époques lointaines, le pays fut pillé ou ruiné 
au cours des guerres; plus près de nous, on peut préciser que les 
Écorcheurs le ravagèrent en 1434. Puis, pendant les guerres de religion, la région fut dévastée par 
les huguenots et leurs adversaires; les châteaux furent assiégés 
et incendiés, notamment en 1592. Au château de Vérizet, ce ne fut 
que carnage et dévastation et de nombreux pendus se balancèrent 
aux arbres le ‘long des routes. La famine et la peste dévasteront aussi souvent la population. On 
cite la peste de 1437 et de 1457, l’hiver terrible de 1567, la 
disette mémorable de l’hiver de 1573; en 1581, la peste fit tant 
de victimes qu’on cessa les offices religieux; en 1593, la peste 
et la famine parsemèrent les chemins « de cadavres abandonnés et 
dévorés par les bêtes féroces et les corbeaux », puis en 1629 les 
audiences du baillage de Mâcon sont suspendues à cause de la peste, 
les habitants de Mâcon se retirent aux champs. On cite encore la 
peste de 1629, la disette de 1692. Plus tard, en 1709, les gelées 
et l’extrême rigueur de l’hiver causeront cette famine effroyable 
au cours de laquelle les habitants furent réduits à l’herbe et au 
 »pain de fougère » (qui pourra nous dire comment faire un pain avec 
la fougère: ses racines sont insignifiantes et ne le permettent 
pas, idem pour les feuilles!). L’invasion de 1814 laissa aussi de très mauvais souvenirs par suite 
de l’occupation étrangère et des combats qui livrèrent aux environs 
de Mâcon, à Saint-Albain notamment

* (Émile VIOLET « CLESSE HISTOIRES ET TRADITIONS »).

PELERINAGES ET LEGENDES

Péronne est sans doute le village du Mâconnais où se sont perpétués, 
le plus longtemps, le plus grand nombre de cultes anciens. En Gaule, la forêt était divinisée; c’était sous ses voûtes sombres 
que se réunissaient les assemblées des peuples, c’était autour des 
chênes que les Druides accomplissaient leurs rites et leurs sacrifices. On en retrouve encore le souvenir aujourd’hui ce sont 
certains pèlerinages comme celui de la Croix du Sentier (ou Saint-Etique) ou celui de la Croix-Sainte-Barbe. Voilà ce qu’en dit Mr SEBILLOT le maître de la science folkloriste 
en France : Des trois grands cultes nationalistes qui existaient en Gaule avant 
le christianisme, celui des arbres était peut-être le plus populaire 
dans ce pays où les forêts étaient si nombreuses et si respectées. 
Les conciles se sont maintes fois élevés contre les offrandes faites 
aux arbres et les pratiques qui avaient lieu près d’eux, de même qu’ils condamnaient les hommages rendus aux pierres et aux fontaines; cependant ces deux derniers cultes sont encore très vivants et facilement reconnaissables sous le vernis chrétien, souvent assez transparent, qui les recouvre. Les traces des cultes voués aux arbres sont bien moins apparentes et il semble au premier abord que le christianisme 
soit à peu près parvenu à les détruire. Il a trouvé un puissant 
auxiliaire dans les défrichements qui font disparaître les arbres pour les remplacer par des moissons, et cette transformation, purement 
d’ordre économique, a été plus efficace que les anathèmes des évêques 
et les prédications des missionnaires. On peut ajouter que la vie des 
arbres est limitée et qu’il est plus aisé de déraciner un chêne que de 
combler une source ou de faire sauter des blocs de rochers un peu 
considérables

(SEBILLOT, op. cit. t.II p. 422).

Pèlerinage de la Croix du Sentier ou Saint-Etique.

La Croix du Sentier se trouve dans les bois de Péronne. En descendant 
par le quartier les Michauds, 500 mètres après la fontaine de l’Isérable dans le lieu-dit le Gouteau, on prend à angle droit à droite 
le chemin qui serpente dans le bois de Brovailles (le long du champ d’asperges de Claudius Guillemin). Quelques centaines de mètres après être entrés dans le bois, à droite, on découvre les restes de la Croix Sainte-Barbe : quelques morceaux de bois posés sur de grosses 
pierres taillées. Cette croix, qui a été descellée de son socle à la
fin de 1919 par quelques jeunes ouvriers carriers, était en bois et 
mesurait 3m68 de haut. Autour de la croix se trouvaient d’énormes 
pierres ravinées par les eaux. Ce lieu était le siège d’un pèlerinage pour les enfants malingres, 
d’où le nom de Croix de Sainte-Etique qu’on lui donnait dans les 
communes voisines, particulièrement à Uchizy. On s’y rendait en 
pèlerinage de tous les environs, mais surtout de la Bresse. Le jour 
choisi de préférence était le vendredi. Dans les trous des pierres 
étaient empilés des vêtements d’enfants (layettes souvent complètes) 
dans lesquels était enfermée une petite croix de bois blanc sur 
laquelle était inscrit le nom de l’enfant chétif; on déposait dans 
une pierre creusée pour cet usage, puis on faisait bruler un cierge. À la fin de la neuvaine, on y retournait. Une vieille femme du pays 
nommée Ursule RIVAT, se rendait à la Croix et les pèlerins lui 
remettaient de l’argent pour faire des neuvaines. C’était la prêtresse 
du Culte de Saint-Etique. Ce pèlerinage existait encore après la 
Grande Guerre de 1914-1918 puisque, en 1919, on a trouvé au pied de la Croix, une chemisette et un bonnet, naïf exvoto offert à ce Saint champêtre de la forêt dont la Croix se détachait jadis au milieu d’un rond-point de verdure. C’est pour les enfants malingres (étiques comme on disait ici) et plus particulièrement pour ceux qui ne 
marchaient pas assez rapidement, que l’on allait en pèlerinage à la 
Croix du Sentier (SENTI, en patois).

La Croix Sainte-Barbe.

Sur la route de Péronne à Burgy, à la hauteur des réservoirs d’eau, 
à droite, on atteint le point culminant (441 mètres) qui relie Burgy, Péronne et Viré. Là se trouvait la Croix Sainte-Barbe. Les 
futures mères s’y rendaient pour avoir des enfants frisés. Près de 
la Croix Sainte-Barbe existe, sur le versant Ouest, un rocher en 
forme de fauteuil appelé chaise de Gargantua; la légende dit que 
lorsque celui-ci venait s’y asseoir, il plaçait un de ses pieds en Saône et l’autre au-delà du Mont Saint-Romain.

La Statue de Saint-Pierre.

On dit que les moines de Cluny, à l’époque de leur richesse, possédaient les statues en or massif et de la taille d’un homme, de chacun 
des Saints. À la veille d’une attaque d’ennemis, craignant que Cluny ne succombe, ils décidèrent de disperser et de cacher ces trésors. La statue de Saint-Pierre aurait été amenée de nuit à Péronne et s’y trouverait encore, enterrée quelque part. Avis aux vignerons: lorsque 
vous vous minez profond, regardez bien le fond du sillon de la charrue

La maison hantée.

Au hameau de Champagne, limitrophe de Péronne et de Saint-Maurice-de-Satonnay, vers 1870, une maison hantée révolutionna les communes environnantes. Cette très modeste habitation, complètement séparée de ses voisines et ainsi placée un peu à l’écart, appartenait à une vieille 
mère LUQUET. Celle-ci, terrorisée, vit durant de longues semaines, 
tantôt ses portes s’ouvrir seules, tantôt reçut des coups donnés par des mains invisibles; des pierres et des objets étaient projetés, des 
charrues montées sur le toit. On rapporte un détail typique: une 
faucille, dès qu’elle était posée à terre pendant le travail, partait 
immédiatement dans les airs pour aller se percher d’elle-même à la cime d’un peuplier.

La Bannière échangée contre les bois de Péronne.

Autrefois Péronne possédait la majorité des bois de la montagne (qui sépare Péronne de Viré) ainsi que les bois de « Grosse Roche ». Péronne aurait un jour échangé tous ces bois contre « une bannière ». Nous ne retrouvons aucune trace de cet objet, mais sa valeur devait 
être bien importante pour justifier un tel sacrifice. Voici une hypothèse: Clovis eut quatre fils. L’un d’eux était 
CLOTAIRE 1er, Roi franc, qui vécut de 497 à 561. Avec son frère 
CHILDEBERT, il fit périr le fils de leur frère CLODOMIR. La femme 
de Clotaire 1er se nommait CHASSIGNY. Elle était née en THURINGE en 
520 et vécut jusqu’en 587. Fille du roi de Thuringe, elle épousa 
Clotaire 1er en 583. Révoltée par les crimes qui souillaient la 
famille royale, elle quitta la Cour et fonda le monastère de 
Sainte-Croix, à Poitiers. C’est l’apport d’une relique gui lui valut 
l’appellation de Sainte-Radegonde. Ne serait-ce pas cette relique qu’elle aurait échangée contre les 
bois qui entouraient son domaine de Chassigny ? Chassigny se trouve 
au nord du quartier les MICHAUDS, en dessous du bois RAYMOND. Des sépultures y seraient nombreuses ainsi que les traces de fondations 
qui seraient celles de la villa CHASSIGNY (Roger DUCARRUGE, 
Claudius GAYET).

L’HOMME

Les MÂCONNAIS sont de caractère indépendant, d’idées avancées 
jusqu’à en être subversives, éminemment épris du culte de la 
raison et de l’égalité, foncièrement hostile à l’église et aux 
prêtres et supportant avec peine toute contrainte morale venant 
de l’Église ou de l’État. À l’époque des guerres de religion, le protestantisme, qui fut 
alors considéré comme un parti d’indépendance et d’opposition, fut 
adopté avec enthousiasme par les populations montagnardes et 
généralement par tous les vignerons du Mâconnais; dans certaines 
communes, au 17e siècle, il n’y avait presque plus de catholiques; les dragonnades purent avoir raison des corps et non des âmes et, en 
1789, un mouvement plus violent que tous les autres éclata dans ce 
pays, aux premiers jours de la Révolution. Généralement loyal et droit, peu industrieux, le Mâconnais se laisse 
facilement vivre et passe pour être un peu paresseux d’esprit et manque un peu d’activité. Ajouter à cela de la fierté allant jusqu’à la sauvagerie (loup de Mâcon), une certaine réserve comme le Lyonnais, quelque culture d’esprit, un peu plus de retenue que le vrai Bourguignon. L’immigration bressane commença sous le Second Empire où le fléchissement de la natalité en Mâconnais ne cessait de s’accroître. Cette 
immigration des Bressans dans le pays mâconnais fut considérable et 
marqua de son empreinte la race mâconnaise. Les Bressans mirent en oeuvre leurs immenses qualités de labeur et de ténacité qui leur ont 
valu leur belle réussite et fait conquérir les meilleurs domaines du 
Mâconnais. Cet apport de sang bressan fut donc bénéfique au sang mâconnais. Et pourtant le mélange n’était pas évident, car le Bressan est l’adversaire né du Mâconnais qui dit que « Si tu veux boire une bouteille de 
bon vin avec un ami en Bresse, apporte la bouteille et … amène l’ami ». À propos de bouteille, parlons de la table, car le Mâconnais est 
fort porté aux jouissances de la table: n’est-il pas bien placé 
pour cela, à la limite des poulardes de Bresse et des grands 
vins du Mâconnais! Si l’on en croit le proverbe, le plaisir de la table ferait même 
oublier aux Mâconnais les satisfactions amoureuses : « J’aime mieux licher à mon aise 
Qu’embrasser la plus belle Lyonnaise ». En définitive, sous un aspect un peu rude et quelque peu réservé, 
les Mâconnais sont de bonnes gens, sûrs, fiers et dignes.

L’ADMINISTRATION (Émile VIOLET)

Avant le 16e siècle, l’Administration communale était exercée 
par l’Assemblée des habitants (y compris les femmes veuves), 
réunie sous le porche de l’église, mais sans délégué permanent.Les premiers élus des habitants furent les échevins ou syndics, 
puis en 1790 furent nommés les premiers maires.Il serait intéressant d’établir la liste des anciens maires de Péronne.

USAGES ET COUTUMES

LE COSTUME

L’ancien costume mâconnais fut porté jusque vers 1860; il se composait 
pour les femmes d’une robe de soie à ramages et d’un tablier de même 
étoffe. La coiffure était le « BRELAU » ou « CHEPIAU », composé de la coiffe 
blanche ou « TIEULON » et d’une garniture en tulle noir et dentelles noires appelées « POINTES ». Les derniers chapeaux « à la mâconnaise » ont été portés vers IB84. En semaine, la coiffure était simplifiée; 
beaucoup plus basse, elle n’était plus qu’un petit cône tronqué fait 
de dentelle blanche: c’était la « COUlFFE ». Les robes à teintes vives, les tabliers de soie, les châIes multi colores, les chainettes d’or se transmettaient par héritage et se 
portaient ainsi successivement pendant longtemps. Les jours de cérémonie, aux grandes fêtes, quand les femmes étaient 
 »PAREES », comme on disait alors, les couleurs vives et chatoyantes 
de leurs toilettes, les dentelles de leurs coiffures étaient du plus 
pittoresque effet. (Émile VIOLET)

LES TRAVAUX

 Levé tôt, on travaillait beaucoup autrefois, aussi de nombreux 
vieillards marchaient courbés en deux. On moissonnait le blé à la faucille, ce travail était très lent et 
très pénible, on glanait ensuite pour qu’aucun épi ne soit perdu. Le blé était battu au fléau. Plus le soleil était ardent, mieux le grain se détachait; on vannait ensuite à la pelle ou au van, dans 
un courant d’air. Pour planter la vigne, on couchait un long sarment en terre; des 
 »CORVÉES » ou troupes de 10 à 12 planteurs étaient réunies, on 
buvait beaucoup, on chantait, on « CHUFFAIT ». Les femmes allaient au travail à la vigne dès le matin; si elles 
avaient un jeune enfant, elles le portaient sur leur tête (eu dans 
la hotte) puis le déposaient pendant qu’elles piochaient, sous un 
pied d’osier, ou « TATE D’AMBRE ». Anciennement, à l’heure des repas, les femmes mangeaient debout. À la veillée, l’hiver, au contraire, elles étaient au premier rang 
devant la cheminée pour bénéficier de la lumière et elles filaient 
ou cousaient; les hommes s’occupant du chanvre ou des osiers, à 
l’arrière, dans la demi-obscurité. On y parlait des choses du passé, il était parfois question du 
 »temps des Seigneurs » ou des « VORACES » (révolutionnaires); 
on y évoquait les derniers loups, disparus vers 1845.

LA NOURRITURE

Nos aïeux étaient d’une grande sobriété: manger beaucoup de pain 
avec peu de « PEUDANCE » était le grand principe qu’on Inculquai aux enfants.La viande, qu’on appelait « du bon », ne paraissait sur la table 
que trois fois par an : à Pâques, le jour de la fête patronale 
et au tirage de la cuve.On ménageait le vin avec du « ROPI » , piquette faite de marc pressuré 
légèrement (« de GENE GRASSE ») ou de poires et pommes, en macération 
dans l’eau.Jadis on cuisait de la galette de pommes de terre pour économiser le blé; et, vers IB90, encore, on faisait des fournées de gaufres de Sarazin, noires et gluantes; toutes les recettes d’économie 
étaient bonnes; on mangeait volontiers du pain frotté d’ail, c’était 
les « FRETAULES ».Les années de disette, on devait se rationner; en IBI7, l’année de 
la « GRAND ‘GRELE », on fit moudre des coquilles de noix pour essayer 
d’en faire du pain.Il fut un temps où le sucre était tellement rare et cher qu’on en 
donnait guère qu’aux malades et aux femmes en couche. (Émile VIOLET)

LE FEU

Les allumettes n’existant pas, on conservait le feu sous les ‘cendres 
de l’âtre ou « FOUYET » et le matin on le ravivait. S’il arrivait qu’il
était éteint, on allait emprunter un peu de braise chez un voisin, 
qu’on rapportait dans un vieux sabot. Avec de l’amadou ou un chiffon 
à demi brûlé, puis avec une chènevotte soufrée, on obtenait de la 
flamme. Toute la cuisine se faisait sous la haute cheminée, les poêles 
n’existant pas. Un « LANDI » soutenait le bois, une crémaillère 
 »QUEMACHLLE » portait la marmite sous laquelle on brûlait des 
sarments roulés à la main ou « JEVALLES ». Pour raviver le feu, on soufflait dans la braise avec un vieux canon 
de fusil terminé par une petite fourche ou « GRAPPE ». On s’éclairait avec des lampes à huile ou « CREUSUYES »; c’était un petit récipient de cuivre muni d’un long crochet, une mèche y 
trempait dans l’huile de colza ou de noix; cette dernière huile 
était commune, les noyers plantés à l’extrémité des vignes étaient 
très nombreux. Autour de ce pâle lumignon s’assemblaient de grosses « VEILLES », 
groupes de voisins travaillant l’hiver en commun dans les étables 
derrière le bétail, on était parfois 15 à 20 à la même veillée.

LE MARIAGE

Les fiançailles ou « FREMAILLES » s’accompagnaient d’une distribution 
de très petites dragées faites de grains d’anis enrobés de sucre.Aux visites de fiançailles, on recueillait chez les parents, comme 
offrande de mariage, des paquets de chanvre qui, réunis, permettaient 
à la jeune épousée de « FELER » les premières pièces de son trousseau.Le jour du mariage, au retour de l’église, le cortège de la noce 
faisait de nombreuses stations devant les maisons amies où des 
 »TABLES » étaient dressées: du vin vieux avec des verres d’argent, 
de petites gaufres minces et roulées étaient préparées; et, parfois 
même un petit feu de joie était allumé, d’un saut la mariée l’enjambait gaiement et on continuait ainsi jusqu’à la prochaine « TABLE ».Le repas avait lieu dans une grange, les noces réunissaient jusqu’à 
100 convives; des parents s’offraient comme serveurs, les hommes 
coiffés pour la circonstance de bonnets de nuit blancs.À l’heure du bal, les « MENETRIS » ou musiciens s’installaient sur 
le pressoir « A GRAND POINT » avec leur « VIEILLE » (vielle) et leur 
 »FETE ROUGE » (cornemuse), près d’une chandelle qui souvent était 
l’unique lumière de l’assemblée.En signe de joie on tirait de nombreux coups de pistolet. Le bal, qu’on appelait « LES VEILLES » étaient souvent troublées par les « MAGNATS » (jeunes gens) des communes environnantes; souvent très batailleurs, ils tâchaient de s’emparer de la chandelle et de l’éteindre, d’où bagarre et coups parmi les jeunes gens, entre 
lesquels les batailles de commune à commune n’étaient pas rares déjà à cette époque.

LES ENTERREMENTS. LA TOUSSAINT

 Aux enterrements, les voisins souvent sonnaient le glas pour le mort; 
dans le cortège, chaque assistant était muni d’un cierge par la 
famille du défunt; anciennement tous ces cierges étaient jetés dans 
la fosse.À la Toussaint les glas duraient sans interruption toute la journée 
et une partie de la nuit, des volontaires se relayaient sans arrêt 
et la lugubre sonnerie recommençait encore, dès l’aube, le lendemain 
du jour des MORTS.

LES BORDES

 Le premier dimanche de Carême et pour la Saint-Jean {solstice d’été) 
un feu de joie, les « BORDES », était allumé après la tombée de la nuit. 
Dans la journée, chacun avait donné son fagot, on empilait le bois sur une charrette, on recueillait ainsi de quoi alimenter un gros 
bucher. Tout le pays s’y réunissait le soir, les jeunes faisaient de joyeuses 
rondes autour du feu; on voyait au loin dans la nuit de nombreux feux 
sur les montagnes environnantes. Autrefois les hommes organisaient cette réjouissance, puis les jeunes gens, ensuite les enfants furent seuls à réunir les fagots et les épines; la vieille coutume aurait disparu si heureusement, le parti communiste à qui il faut en rendre hommage ne perpétuait pas chaque année sur la montagne cette ancienne tradition.

COUTUMES DIVERSES

Le 31 décembre, les mendiants et les enfants se présentaient dans 
chaque maison: c’était la « COURNETTE ». Ils récitaient la formule 
suivante : « La Cournette Saint-Sauvette, que le Bon Dieu garde vos 
bêtes et vous donne les fruits de la terre ». Et ils recevaient des 
gaufres, des tranches de pain ou bien de la menue monnaie. Le premier dimanche de mai, les jeunes gens couraient le « RAMLE ». 
L’un d’eux s’introduisait dans un « BEUDION » (mue à volaille) qu’on 
avait garni de lilas et de tulipes; on parcourait ainsi le pays 
et on recueillait des oeufs, du lard et des fruits, avec lesquels 
on faisait bombance pendant plusieurs jours. Anciennement existait aussi la coutume des « MAIS » qu’on allait 
attacher aux cheminées des maisons dans lesquelles habitaient des 
jeunes filles; c’était de gros bouquets, parfois une bouteille de 
vin y était suspendue.

RECETTES

 LE FROMAGE FORT

Les vignerons d’autrefois qui, du seuil de leur cave, s’invitaient 
si volontiers à y venir comparer, tasse en main, leurs meilleurs crus, avaient pour faciliter ces confrontations recueillies un auxiliaire précieux: le fromage fort. De celui-ci, qui avait encore 
d’autres mérites, disons déjà 
que s’il est un mets bien 
mâconnais, véritable compagnon journalier du vigneron d’autrefois et même encore assez souvent de 
celui d’aujourd’hui, c’est bien cette blonde mixture onctueuse, haute 
en saveur, qui est particulière à notre région, comme le sont en un 
genre analogue la « pauchouse » et la « concoyotte » si prisées chez nos voisins vignerons du nord et de l’est. Jadis le fromage fort élisait domicile dans un traditionnel pot de 
grès; il avait, pour plus de commodité, sa place sur le rayon le plus 
apparent du buffet, ou souvent, et plus simplement encore, sur le coin 
de la haute et lourde table, dite à tirants, qui occupait le centre 
de la pièce commune. Sa composition comportait des variantes suivant les ingrédients dont 
on disposait. Lorsqu’on pouvait se permettre une qualité supérieure, on râpait une 
demi-douzaine de ces petits fromages de chèvres, durs comme une pierre, 
appelés « bondons », auxquels on ajoutait du beurre, de la crème, un peu d’huile de noix, une cuillerée de marc, du sel, du poivre, de la ciboulette avec une pointe d’ail, le tout arrosé avec suffisance de 
.vin blanc et malaxé intimement. Ce composé onctueux peut se consommer de suite, mais généralement une 
fermentation qui bientôt se déclare lui donne une saveur piquante, 
très prisée qui a le don de faire trouver, comme on dit, le vin bon. Commode et toujours prêt, son usage était illimité. Après avoir calmé, 
étendu en tartines, l’impérieux appétit des enfants, il corsait volontiers le menu insuffisant des repas, il servait aux goûters comme aux 
collations des fins de veillée à l’heure tardive où les conteurs 
avaient épuisé leur savoir. Par fantaisie on faisait parfois griller 
ces tartines au-dessus de la braise pour en obtenir d’appétissantes 
rôties toutes dorées. Lorsqu’après un certain degré de fermentation il était ainsi devenu 
 »fort » à point il n’avait pas son pareil, au petit déjeuner, pour 
aiguiser l’appétit au saut du lit, à l’heure où le vigneron allait 
s’apprêter à rassembler ses outils et à aborder le sentier montueux. 
Au pressoir, entre deux « coups d’arbre », les hommes, encore essoufflés 
de s’être arc-boutés sur la grande barre, ouvrant leur couteau, s’en 
taillaient volontiers une courte tartine, juste assez pour avoir une 
idée, par contraste avec la mordante mixture, de ce que serait le vin 
nouveau coulant en filet murmurant dans le cuvier tout moutonné 
d’écume. En mars, à l’époque des soutirages, quand devant le seuil de toutes 
les caves entr’ouvertes s’écoule le ruisselet rouge ou jaune des lies 
délayées, le pot de fromage fort avait encore sa place sur le fond 
d’un tonneau placé debout, pour y préparer les palais à la dégustation 
attentive et silencieuse; on l’offrait aussi au voisin qu’intéressait 
le travail des sous tireurs ou au passant qu’alléchait le chant de la 
 »cannelle » dans le jarlot. De même qu’on y recourait au cours de l’année pour fêter en toute 
simplicité les revoIes des grands travaux le fromage fort avait sa 
place attitrée sur la table du repas des vendangeurs; ceux-ci, lassés 
des douceurs sucrées des raisins grignotés au cours du travail, avaient 
plaisir à s’en étaler de longues tartines aux saveurs plus remontées. 
Et quand enfin, plus tard, revenait la Sainte-Barbe, fête des pompiers 
du village, ceux-ci, l’heure de la danse venue, après avoir enlacé 
leurs épouses, s’étaient livrés à de tels exploits chorégraphiques 
prolongés que, tard dans la nuit, les estomacs creusés par ce passionné 
exercice se mettaient à crier famine et que là encore la collation aux 
saveurs relevées était la bienvenue, arrosée d’un vin blanc nouveau qui 
n’avait pas encore dépouillé son trouble laiteux, souvenir des rigueurs 
du pressoir. Ainsi toutes les occasions étaient bonnes, ou le sont encore souvent 
pour recourir à cet intermède, y compris celles, pas toujours très 
prisées de la ménagère ensommeillée, où celle-ci est dérangée sans 
discrétion à une heure peu protocolaire de la nuit par un mari en ribote amenant gaiement à la maison, pour finir dignement une joyeuse partie, un ami bruyant et optimiste avec lequel on a déjà beaucoup bu et beaucoup chanté et dont il ne serait pas seyant de se séparer 
sans la variante classique d’une soupe à l’oignon rapidement improvisée 
et d’une dernière « rôtie » de fromage fort. Ce fidèle stimulant, compagnon du bon vin, du vin blanc surtout 
n’est pas, bien sûr, exclusif à notre région et son aire s’étend bien 
au-delà, mais le Mâconnais semble être son quartier général, à telle 
preuve que, à Bercy, où il a fait depuis longtemps son entrée et où 
il est aussi apprécié que dans nos villages de vignerons, il y est 
désigné, assure-t-on, sous le nom de « confiture de Mâcon ».

LA PERCHE A RAISINS

L’alimentation presque exclusivement végétarienne des anciens était cause que, durant l’hiver surtout, la nourriture était assez peu 
variée, aussi cette saison ingrate empruntait-on volontiers le dessert, 
et même parfois le plat principal, à la perche aux raisins. Celle-ci, faite d’un long bâton mince et droit ou d’une quenouille 
réformée, était suspendue par deux anneaux de ficelle aux solives du 
plafond. À l’époque de la vendange, on choisissait avec soin les plus 
beaux raisins, bien mûr sous leur fine pellicule blonde ou bleutée, et on les attachait patiemment deux à deux par un fil bis. En pliant 
celui-ci et en le plaçant à califourchon sur la perche, les raisins 
ainsi couplés pendaient de chaque côté du bâton en deux rangs jumeaux. 
Une demi-douzaine de ces perches à raisins garnissaient souvent le 
plafond aux solives enfumées de la « maison basse », c’est-à-dire de la 
salle commune du vigneron d’autrefois. Parfois au milieu de la pièce, comme une sorte de lustre central, un 
cercle de feuillette était suspendu horizontalement et portait attaché à son pourtour un sarment entier, courbé sous le support circulaire, abondamment garni de fruits, c’était là le plus beau rameau qu’on avait pu trouver dans la vigne et on l’avait ainsi mis à la place 
d’honneur avec ses raisins pendants, mûrs à point, et toutes ses feuilles. Suspendue et aérée, la provision d’hiver se conservait parfaitement, la 
pulpe des bonnes grumes se réduisait lentement par évaporation, se 
concentrait en ridant sa fine enveloppe, tel un pruneau d’Agen. Tout le sucre et les parfums de l’été se trouvaient réfugiés dans le trésor
juteux de la perche à raisins.

On y avait recours souvent. Vers elle les enfants levaient volontiers 
leur regard après le retour de l’école ou du pâturage; alors la mère 
montant sur une chaise, décrochait une grappe et coupait une épaisse 
tranche de pain, car il faut rappeler qu’en ces temps il était recommandé souvent de « faire petit », c’est-à-dire de manger beaucoup de pain ou de gaufres avec ce qu’on y joignait pour S’alimenter, fromage, 
lard, légumes frits ou accommodés au lait, ou raisins décrochés du plafond.

Quand, par temps de grandes neiges, on établissait ses quartiers 
d’hiver à l’étable pour y filer, coudre et teiller le chanvre en 
commun, il arrivait qu’aux heures des repas on hésitait à allumer 
du feu dans la cheminée de la grande cuisine trop longue à tiédir, alors, pour abréger, on mangeait sur place, utilisant la chaleur 
du local rustique, entretenue par l’haleine des génisses. En ces 
cas simplifiés la cuisine, on le conçoit, ne pouvait qu’être très 
sommaire puisque rien de chaud ne pouvait être préparé, aussi la 
perche à raisins était souvent mise à contribution par les anciens et fournit plus d’une fois à ces spartiates le principal de leur menu. Cette grande sobriété faisait que la viande, il y a cent ans, ne 
paraissait que deux ou trois fois l’année chez le vigneron; plus tard, il y a un demi-siècle encore, tel ménage aisé pouvait passer 
pour avoir une tenue de maison exceptionnelle et pour jouir d’un 
ordinaire envié s’il était avéré dans le village qu’un pot-au-feu, un « bouli » comme on disait, était servi sur sa table chaque dimanche. 
Et à ce sujet il nous revient à la mémoire le mot de quelqu’un particulièrement sensible aux délices de ce bon et honnête bouilli de 
boeuf – bien considéré certes aujourd’hui -; celui-ci donc, évoquant 
avec envie un tel régal, tiré tout fumant de la marmite et surmonté 
d’une crête épaisse de bon gras translucide et croulant, disait avec de l’eau plein la bouche: – Ah ! On bon boellion de bouli que guoerle !. 
ce qui veut à peu près dire : – Ah ! Un bon morceau de bouilli dont le 
gras, jaune et tendre, tremble et frémit à la moindre secousse de 
l’assiette: quel régal des dieux!

LES CONTES D’AUTREFOIS

LA VIGNE QUI PARLE

 

À Péronne, il y a bien longtemps, il y avait un vieux vigneron 
qui aimait sa vigne à un tel point qu’il n’en sortait pas depuis 
la pointe du jour jusqu’au soleil couché. Il est vrai que, pour 
les vendanges, il récoltait beaucoup de vin. Il s’appelait Claudius Teste. On plaisantait un peu de le voir 
tant s’escrimer toute l’année dans sa vigne. Un jour que, depuis l’aurore, il s’acharnait à piocher et que, 
tout autour de lui, ne subsistait plus un seul brin de mauvaise 
herbe, il regardait ses ceps, appuyé sur sa pioche, au bout de sa 
rangée. Le soleil était déjà couché, mais il regardait toujours sa 
vigne et voilà que, tout d’un coup, presque malgré lui, il se mit 
à lui dire tout haut :  » Ah ! Ma pauvre vigne, que je te cultive bien ! » À ce moment, se trouvait justement, un homme derrière une haie 
toute proche. Sans se monter, vite celui-ci répondit : « Ah! 
Claudius Teste je te le rends bien ! ». Et voilà notre Claudius qui ne courait pas assez vite pour aller 
dire à sa femme et à ses voisins : « Pensez donc ! Ma vigne qui m’a causé ! ».

LA VIGNERONNE ET LE MARCHAND DE VIN

Autrefois, une vigneronne a été, à ce qu’il parait, bien embarrassé. 
Elle était seule; son mari était parti à la vigne et il était venu un marchand de vin qui courait les caves, sa tasse à la main. C’était 
un gai luron, le chapeau sur l’oreille; la femme était jeune et jolie. 
Les voilà qui descendent à la cave. Le soupirail, à moitié ouvert, ne 
donnait guère de jour, on voyait à peine les tonneaux. Notre homme pique la première pièce, met sa tasse sous le joli jet, la 
remplit et, n’ayant l’air de rien, dit à la jeune femme : « Mettez donc 
le doigt au trou. ». Celle-ci fait comme il dit, sans perdre une minute, pour qu’il ne coule pas de vin à terre. Le marchand tourne sa tasse, goûte, roule le vin dans sa bouche, recrache à terre, sans rien dire. Toujours occupé, il repique un autre tonneau 
à côté et dit encore à la femme « Mettez voir encore le doigt …  » en 
retirant sa tasse. La pauvre femme, tout occupée à penser combien elle allait demander de 
son vin, ne songeait pas qu’elle avait maintenant, les deux doigts 
engagés, campée qu’elle était devant les deux tonneaux, les bras écartés 
pendant que l’autre balançait sa tasse sous la petite lumière du 
soupirail. Mais voilà tout par un coup que celui-ci, l’oeil allumé, se met à dire à la petite vigneronne : « Tiens, mais maintenant, si je voulais, ce 
serait bien commode de vous embrasser. Qu’est-ce que vous en pensez ? » . L’autre qui poussait tant qu’elle pouvait de ses deux pouces pour boucher son vin s’est mise à rougir. Elle n’en menait pas large. Enfin, sans bien savoir, vite, elle lui dit, moitié en colère: « Sauvez-vous, marchand 
du diable, vous n’aurez pas mon vin ! Comme vous voudrez, la petite 
mère, » que dit l’autre qui remonte à la grange et puis s’en va. Mais, en passant au chemin devant le soupirail de la cave, voilà qu’il 
entend, venant d’en bas, la pauvre jolie femme toujours campée devant 
ses deux tonneaux qui lui criait :  » Venez tout de même, mais passez vite à la poutire aux quillons qui est sous les escaliers, on s’arrangera 
peut-être bien après, pour le marché … « .

LE VIN DE CORGENGOUX

Il y a beaucoup de vins célèbres en Bourgogne, mais le plus célèbre de tous, c’est le Corgengoux. Seulement, voilà. Sa célébrance, elle n’est pas la même Le Corgengoux, il a beau être bourguignon, c’est un de ces vins qu’on ne peut boire qu’en se cramponnant à la table, ou bien en se bouchant le nez, comme quand on prend une purge. À preuve, l’histoire du pendu. Il y avait un homme qui était fainéant. On disait que c’était un vaurien un mandrin, un voleur de nuit sur les grandes ‘routes, qu’il était sorcier 
et qu’il donnait la fièvre aux vaches. Alors, on l’a arrêté et il est 
passé devant la Justice.Il a protesté; il a dit comme ça qu’on ne pouvait pas savoir si c’était 
lui qui volait les gens sur les grandes ‘routes, vu que ça se passait la 
nuit où on ne voit rien.Pour les vaches, il a dit que d’étaient des menteries, et qu’il ne 
s’occupait pas de ces bestiaux qui donnent du lait, vu que le lait il 
ne l’aimait pas du tout, et qu’il préférait le vin. Son avocat a dit 
qu’il n’y avait pas de preuves.La justice l’a tout de même condamné à être pendu, parce qu’elle 
trouvait comme preuves qu’on disait qu’il était un vaurien, un mandrin, 
un voleur de nuit sur les grandes ‘routes et qu’il était sorcier, et qu’il donnait la fièvre aux vaches. Bon. Voilà qu’on le mène à pendre.Le bailli précédait le cortège. C’était un brave homme le bailli, et il 
était tout chose. Il trouvait qu’il n’y avait qu’une preuve, c’est que l’homme était un fainéant. Il trouvait que ce n’est pas suffisant pour être pendu et que s’il fallait pendre tous les fainéants, il n’y aurait pas assez d’arbres dans les forêts pour fabriquer les potences.Alors, il lui vient une idée. Il était bailli; il avait le droit de 
grâce. Il dit à son domestique d’aller chercher une bouteille de 
Gorgengoux, et un grand verre. Il y avait un cabaret tout près de là. Et il se disait: « Un homme qu’on va pendre et qui n’est pas coupable, 
il supportera tout pour le prouver, qu’il n’est pas coupable. Nous 
allons bien voir ce qui va se passer ».Bon. On arrive au pied de la potence. Le bourreau prépare le noeud 
coulant. Le domestique revient avec une bouteille et une pinte. Le bailli dit comme ça au condamné: « Mon ami, si tu n’es pas 
coupable, arrange-toi comme tu pourras, mais bois cette pinte 
de Gorgengoux. Et tu ne seras pas pendu! Du Corgengoux? dit l’autre en tremblant de peur. Vous n’y 
pensez pas  Voyons, mon ami ! dit le bailli. Ce n’est qu’un mauvais moment 
à passer, et ça vaut la peine !’ L’autre se met à crier « Que vous dites! On veut me pendre et vous, 
vous voulez m’empoisonner ? C’est tout comme! J’aime mieux être 
pendu ! Il l’a été, pendu.